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Actionnariat salarié : non-dits, mythes et dangers


lundi 15 mai 2006 - Réagir Imprimez

L’actionnariat salarié, en dépit des conditions de l’Offre Réservée aux Salariés (ORS), comporte des risques que beaucoup minimisent et qui pèsera sur l’évolution d’ADP.

L’information sur l’actionnariat salarié est-elle neutre ?
Le principal argument qu’oppose la direction aux critiques de l’actionnariat salarié consiste à répéter que les agents seraient libres de choisir d’acheter des actions ADP.
Libres ? Cela serait le cas si et seulement si l’information était neutre. Or, elle ne peut pas l’être car le choix de l’actionnariat salarié est avant tout un choix politique et idéologique.

Comment aurait-on pu garantir une information objective ?
En organisant la pluralité d’informations indépendantes. Car seul un débat où les représentants des salariés auraient pu intervenir librement, aurait permis à chaque agent de se forger réellement sa propre opinion.
Au contraire, les salariés n’ont eu droit qu’à entendre la seule voix de la direction. Comme pour les séminaires "ADP SA quoi de neuf ?", les centaines de réunions d’information organisées par les "Relais" ont pour point commun l’opacité et l’exclusion des syndicats.
Cette débauche de moyens contraste aussi avec ceux des syndicats. C’est le pot de fer contre le pot de terre, sites Internet contre panneaux syndicaux, brochures en papier glacé contre tracts diffusés du mieux que nous pouvons.
Le syndicalisme n’a pas pour vocation de dicter aux travailleurs ce qu’ils doivent faire mais de défendre leurs intérêts collectifs.
Notre rôle se limite ici à vous donner notre point de vue et à compléter votre information en vous alertant sur les aspects de l’actionnariat salarié qu’on vous cache.

En quoi l’information diffusée par les "Relais" est-elle orientée ?
Tout d’abord ces séances débutent par un cours de comptabilité et de finance pour mieux faire croire que la privatisation d’ADP serait logique, presque naturelle car dictée par l’économie. Alors qu’il s’agit d’une décision dogmatique d’un État surendetté. Ensuite, tout est fait pour minimiser le risque et présenter l’achat d’actions comme une simple opportunité alors qu’il est un acte politique à part entière.
Le reste est dans les omissions :
- Rien sur la négation de la démocratie que constitue le droit de vote proportionnel au nombre d’actions achetées. Si les hommes naissent libres et égaux en dignité et en droits, les actionnaires, eux, ont d’autant plus de pouvoir qu’ils sont riches,
- Rien sur les futurs effets de l’actionnariat : clivages entre salariés, logiques de rétribution au mérite, pressions sur la masse salariale, recherche du moins-disant social,
- Rien sur l’augmentation de productivité [1] décrétée sans concertation ni même réflexion,
- Rien sur les entreprises bénéficiaires qui licencient pour faite grimper leur action...

La présentation de l’ORS utilise des méthodes éprouvées de marketing pour rassurer et minimiser le risque. Toute contradiction est empêchée. La liberté de choix n’est donc pas assurée.

Quel sera le pouvoir réel des salariés actionnaires ?
A entendre les propagandistes de l’actionnariat salarié, on croirait presque qu’il s’agirait d’un capitalisme populaire qui donnerait enfin aux salariés un pouvoir de décision. Serait-ce enfin la légendaire socialisation des moyens de production ? Il n’en est rien bien au contraire.
Passons en revue les principaux mythes et dangers de l’actionnariat salarié.

Premier mythe : le salarié actionnaire disposerait d’un pouvoir sur la gestion de son entreprise
Ce n’est pas nous qui l’affirmons : "Le petit actionnaire isolé n’a aucun pouvoir. Il détient en effet un papier qui n’est pas source de pouvoir mais d’argent. Le droit de vote ne l’intéresse pas comme instrument de souveraineté mais parce qu’il est monnayable. L’actionnaire de base, n’en déplaise aux principes, n’est donc pas là pour gouverner fût-ce par délégation. Seuls les actionnaires puissants [...] ont la faculté de se faire entendre par les directions de société, voire de leur tenir tête. Les petits forment une piétaille que l’on met volontiers en avant mais qui masque la force décisive d’investisseurs aux plus larges épaules : le capitalisme populaire est la plupart du temps une illusion." [2]

" L’actionnariat individuel souffre à l’évidence d’une dissémination qui le rend impropre à se constituer en pouvoir. L’épargne des épargnants n’est rien, elle n’est d’aucun pouvoir, c’est l’épargne concentrée qui est tout. " [3]

Certains réfutent cette évidence en citant Eurotunnel dont les petits porteurs ont réussi à révoquer tous les dirigeants. Ils se gardent bien de préciser que c’est un exploit unique en France qui n’a été rendu possible que par la combinaison exceptionnelle de quatre éléments : proportion élevée d’actionnaires individuels, part importante de leur épargne consacrée à cette unique action, chute vertigineuse de l’action et union des petits porteurs.

Second mythe : des taux de rentabilité de 15% à long terme
La rentabilité moyenne de la bourse est supérieure aux placements de pères de famille. Cette performance moyenne - bien sûr très variable dans le temps et selon les titres - n’est due qu’à la création constante d’opportunités (privatisations, délocalisations, fusions...) qui dynamisent les marchés boursiers depuis 25 ans.

Cela aura forcément une fin. C’est toujours cet ancien PDG [2] qui le dit : "Le désenchantement des actionnaires n’en sera que plus vif : des niveaux de rentabilité de l’ordre de 15% sont dans la longue durée impossibles à tenir. Les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel et l’on voit mal comment les marchés boursiers pourraient continuer à croître de 10% par an quand les taux de croissance annuels des économies occidentales sont de l’ordre de 2 à 3% : les profits prendraient peu à peu toute la place disponible pour ne rien laisser aux revenus du travail. A terme, le capital serait le seul facteur de production à être rémunéré..."

De nombreux experts (anciens PDG et économistes de la presse économique), avertissent que le capitalisme est malade de ses excès et que les menaces de krach boursier sont réelles [4].

Mais au-delà du risque financier pour votre épargne, l’actionnariat salarié est dangereux car il bouleverse aussi la structure interne des entreprises, les objectifs de la direction et les rapports entre employés.

Premier danger : le risque est transféré aux salariés sans leur conférer aucun pouvoir
Selon certains l’actionnariat salarié développerait un "état d’esprit d’entrepreneur individuel". Etre salarié ou entrepreneur relève pourtant d’objectifs opposés : la recherche de la sécurité face à la prise de risque ; la tranquillité d’esprit face aux aléas de l’imprévisible.
Et " l’actionnariat salarié traduit surtout un déplacement considérable du partage du risque entre salariés et capitalistes. Classiquement, la légitimité du capitaliste à accaparer la plus-value reposait sur l’endossement du risque économique. [...] C’est la définition même des places au sein de la structure sociale du capitalisme qui se trouve remise en cause. [...] Le risque évidemment ne disparaît pas. Il est transféré au salariat qui devient le lieu de report et de concentration de tous les risques dont le capital ne cesse de vouloir se défausser." [2]

Second danger : les emplois comme première variable d’ajustement
Si je gagne de l’argent avec mes actions, qui en perd ? Contrairement au travail, la spéculation ne crée pas de valeur. S’il y a des gagnants il y a donc forcément des perdants.
Qui seront les perdants ? Les travailleurs car, positionnés en bout de chaîne, ils constituent la principale variable d’ajustement des logiques de maximisation du profit. Mais la nouveauté c’est que certains d’entre eux voteront eux-mêmes en assemblée générale des actionnaires des exigences de rentabilité toujours plus élevées.
Le fameux paradoxe de ceux qui votent leur licenciement.

Quelle est la différence entre spéculer et boursicoter ?
Spéculer c’est d’abord choisir un portefeuille d’actions judicieusement réparti entre des secteurs diversifiés pour amortir les baisses, le choix des sociétés cotées restant secondaire.
Boursicoter c’est céder à des offres alléchantes accompagnées d’opérations de marketing et ne miser que sur un ou quelques titres. Le risque est alors maximal.

Contrairement à la propagande qu’on nous sert, la bourse est affaire de spécialistes et les amateurs, même s’ils leur arrivent de réussir des "coups", sont le plus souvent les dindons de la farce. Pour les salariés actionnaires, le risque est encore accentué puisque salaire et épargne sont alors liés. L’occasion de rappeler les vieux dictons de la sagesse populaire :

Quelles mutations probables au sein d’ADP ?
Ce qu’il y a de pratique avec le capitalisme c’est qu’il avance, cynique, à visage découvert.
Les dirigeants font des copier-coller en guise de "bonne gouvernance", conscients des tristes conséquences sociales mais persuadés du bien fondé de leurs décisions ... puisque les autres l’ont fait. Ils justifient ce dangereux mimétisme par la "nécessaire adaptation à un environnement concurrentiel" et autres formules simplistes du prêt à penser néolibéral.
La mode actuelle est au "downsizing" c’est à dire à la réduction de la masse salariale par des "stratégies d’externalisation" - sous-traitances et filialisations - pour parvenir à l’extraction de la rentabilité. S’ensuivra le "spin off" c’est à dire à l’abandon de toutes les filiales qui ne correspondent pas au " cœur de métier " [5] de l’entreprise.

En quoi l’actionnariat salarié modifiera-t-il les rapports entre collègues ?
Bientôt des salariés deviendront "entrepreneurs individuels". Cela les rendra "responsables" car ils ne réclameront plus d’augmentation de salaire ni d’amélioration de leurs conditions de travail, dispositions coûteuses qui iraient contre leurs intérêts d’actionnaire.
Ils s’opposeront alors à ceux qui tentent de construire des revendications collectives en faisant prendre conscience que l’entreprise n’est rien sans ses travailleurs et qu’ils disposent ainsi d’une redoutable - et redoutée - force de négociation.

L’objectif à demi avoué de l’actionnariat salarié c’est bien de limiter les conflits sociaux en dressant les travailleurs les uns contre les autres : ceux qui espèrent d’abord la valorisation de leur épargne contre ceux qui ont compris que l’on doit parfois peser sur la bonne marche de l’entreprise pour faire reconnaître les revendications majoritaires.
Cette division des travailleurs en deux clans opposés ne date pas d’hier puisqu’un livre intitulé "La suppression des grèves par l’association aux bénéfices" fut édité en 1870 !

Acheter des actions : n’est-ce qu’un acte financier sans conséquences politiques ?
Les quelques actions que certains d’entre vous pourraient acheter ne sont certes qu’une goutte d’eau dans l’océan de la finance internationale. Mais l’actionnariat, même populaire, est un acte politique avec des effets concrets sur la société.

Votre décision doit être prise en pleine conscience des conséquences de cet acte.

Ecartelé entre l’appât de cette "offre" et vos convictions idéologiques, nous savons bien que ce choix ne sera pas facile et nous nous garderons bien de stigmatiser les salariés actionnaires.
Mais n’oubliez ni les risques, ni qu’il s’agit d’un acte politique.

Les sept conséquences de l’actionnariat salarié :

- 1 : Augmente la part aléatoire des rémunérations et bride les augmentations de salaire,
- 2 : Instaure de nouvelles inégalités de rémunération entre les travailleurs,
- 3 : Transfère une partie du risque propre aux investisseurs vers les travailleurs sans leur conférer aucun pouvoir décisionnel sur les projets de leur entreprise,
- 4 : Pénalise les stratégies de gestion à long terme par l’immixtion des exigences financières des actionnaires,
- 5 : Aggrave l’individualisme patrimonial contre les systèmes de solidarité,
- 6 : Décharge l’entreprise de ses obligations sociales par de nouvelles exonérations de cotisations,
- 7 : Renforce encore le pouvoir économique mondialisé au détriment des pouvoirs politiques.

Notes

[1Le document de consultation qui a servi à préparer le Contrat de Régulation Economique vise (page 38) une augmentation de trafic de +13% en 5 ans avec une masse salariale constante. L’augmentation de productivité sera donc de +13% tandis que les redevances aéroportuaires augmenteront de +22%

[2Le capitalisme total de l’ancien PDG du Crédit Lyonnais Jean Peyrelevade

[3Frédéric Lordon - Fonds de pension pièges à cons ; Mirage de la démocratie actionnariale : à lire d’urgence !

[4Entre autres : "Ils vont tuer le capitalisme" de Claude Bébéar, "Le capitalisme est-il en train de s’autodétruire ?" de Patrick Artus et MP Virard, "Le capitalisme malade de sa finance", "L’avenir du capitalisme", etc...

[5Expression déjà utilisée page 20 du document de consultation par exemple


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