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Espagne. Les huit d’Airbus enfin acquittés


Article du journal L’Humanité du 18 février 2016

vendredi 26 février 2016 - Réagir Imprimez

Depuis cinq ans et demi, les membres du Comité d’entreprise d’Airbus de Getafe encouraient huit ans de prison pour faits de grève.

Devant l’usine d’Airbus de Getafe, au sud de Madrid, où est organisé un piquet de grève, la police charge. Et l’un des agents tire en l’air. Nous sommes le 29 septembre 2010, c’est jour de grève générale, et pour la première fois depuis la fin de la dictature franquiste, des armes à feu sont utilisées pour réprimer un conflit social. Cet acte ne peut rester sans réponse. La centaine de salariés présents se met à crier  : « Assassins  ! » Dans la foulée, les Commissions ouvrières (CC.OO.), à l’initiative avec l’Union générale du travail (UGT) de ce mouvement contre la réforme du travail promulguée par le gouvernement socialiste de José-Luis Rodriguez-Zapatero, organisent une conférence de presse où elles présentent sept douilles. L’affaire fait grand bruit.

La riposte policière ne se fait pas attendre. Dès le lendemain, la police débarque chez treize salariés pour leur présenter une plainte. La justice commence son enquête. Deux années plus tard, en 2012, alors que le nouveau gouvernement, de droite cette fois-ci, affronte une autre grève générale, les personnes poursuivies sont convoquées. Le tri est fait  : ils ne sont plus que huit à être inculpés. « Comme par hasard, nous sommes les huit représentants au comité d’entreprise », confiait dans notre édition du 21 décembre 2015, l’un des huit d’Airbus, José Alcaraz.

Lui et ses sept camarades, Enrique Gil, Tomas Garcia, Armando Barco, Rodolfo Malo, Jeronimo Martin, Raul Fernandez et Edgar Martin, encouraient une peine de prison de huit ans et trois mois pour faits de grève, en vertu de l’article 315.3 du Code pénal, pour avoir bloqué l’entrée de l’entreprise aux autres travailleurs, attentats et lésions. Au terme de cinq ans et demi de calvaire, le tribunal de Getafe les a acquittés hier pour manque de preuves.
Ils encouraient une peine de prison de huit ans et trois mois pour fait de grève

« Il n’est pas accrédité que les accusés aient participé aux faits de contrainte envers les travailleurs pour qu’ils appuient la grève et d’agressivité envers eux et les agents de police », établit la sentence du juge Abel Tellez. Les contradictions dans les accusations de certains policiers sont pointées. « Il manque l’accréditation de l’imputation personnelle de faits concrets à chacun des accusés », lit-on dans le jugement.

Cette décision de justice « rétablit la vérité sur les faits dont on voyait dès le début qu’ils étaient un montage », a salué hier Toni Ferrer, secrétaire confédéral de l’UGT. C’est que, dans leurs déboires judiciaires, les huit d’Airbus n’ont pas été seuls. Depuis un an, les syndicats mènent une campagne de mobilisation « la grève n’est pas un délit », en soutien aux huit d’Airbus. Quand ils se sont présentés au tribunal, le 9 février, pour le premier jour de leur procès, ils étaient accompagnés des secrétaires des CC.OO. et de l’UGT, Ignacio Fernandez Toxo et Candido Mendez, par le coordinateur d’Izquierda Unida, Cayo Lara, le secrétaire général de Podemos, Pablo Iglesias, et le secrétaire à l’organisation du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), César Luena. Des dizaines de personnes ont acclamé les prévenus aux cris de  : « Ils ne sont pas huit, ils sont des milliers  ! » Jeudi dernier, à la veille de la fin du procès, une grande manifestation était organisée à Madrid, qui a vu la participation des syndicats, mais aussi des forces de gauche, telle Izquierda Unida.

La mobilisation a même eu un volet international. En janvier, la Confédération syndicale internationale, la Confédération européenne des syndicats (CES) avaient condamné ce procès. « Les syndicats et le droit de grève sont soumis à des attaques dans plusieurs pays et cette affaire espagnole, tout comme le projet de loi syndicale du gouvernement britannique, en sont des exemples particulièrement choquants », avait dénoncé Luca Visentini, secrétaire général de la CES. Des syndicats européens, africains, latino-américains avaient envoyé des lettres de soutien.

En Espagne, l’affaire ne s’arrête pas avec le dénouement heureux de ce procès inique. « Il reste beaucoup de camarades encore poursuivis. Il y a eu des sentences qui n’ont pas été satisfaisantes pour nous, et qui font l’objet d’appel. Nous espérons que cette décision de justice puisse servir pour que les camarades inculpés soient absous comme ceux d’Airbus », informait hier dans une conférence de presse Ramon Gorriz, secrétaire à l’action syndicale des Commissions ouvrières. Il faut dire que le cas des huit d’Airbus n’est pas isolé.

En Espagne, 292 travailleurs font encore l’objet de poursuites, pour divers faits de grève ou mouvements sociaux. Alors que les négociations s’enlisent concernant la formation d’un gouvernement, les syndicalistes appelaient hier les parlementaires à abroger sans délai l’article 315.3 du Code pénal, qui prévoit des peines de prison pour piquet de grève.

L’ancien secrétaire du Comité d’entreprise, Jose Alcazar, se réjouissait hier, et demandait la fin de la « ley mordaza », la loi du bâillon, entrée en vigueur l’an dernier, qui limite les possibilités de manifester et sanctionne les mouvements sociaux. « C’est un jour important, un grand jour pour la démocratie », a soutenu le syndicaliste. « Cela a valu le coup de supporter et souffrir pour démontrer notre innocence ». Et d’ajouter que s’il vivait encore, le poète communiste Rafael Alberti « dirait : “de Getafe à la gloire”. C’est un jour de succès pour la classe ouvrière de ce pays, et pas seulement pour “les huit d’Airbus” ». Ils sont des milliers


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