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Welcome (Film)


de Philippe Lioret

mercredi 18 mars 2009 - Réagir Imprimez

Longtemps, Calais fut une ville britannique, les six Bourgeois immortalisés par Rodin en témoignent. Certains aujourd’hui souhaiteraient qu’elle le soit demeurée, mais voilà, maintenant, il y a cette foutue Manche à traverser pour rejoindre la perfide Albion. C’est donc à Calais que s’entasse toute la misère du monde, dans l’espoir discutable de trouver de l’autre côté de l’eau une vie enfin meilleure.

Plusieurs films ont déjà fixé la détresse et les rêves de ces immigrés en transit prolongé, No London Today, quasi-documentaire de Delphine Deloget, étant sans doute le plus attachant. C’est à Calais qu’à son tour Philippe Lioret a planté sa caméra, nous livrant le portrait d’une ville qui, de prime abord, ressemble à une autre là où toutes les villes se ressemblent, la piscine municipale. C’est dans ce symbole de l’anonymat que Simon (Vincent Lindon dans un de ses meilleurs rôles) exerce son métier de maître nageur. C’est un type comme un autre, Simon, avec un emploi, donc, une vie qui a fini petite là où les coupes sportives qui décorent son appartement auraient pu laisser entrevoir un peu plus ; une femme aussi, Marion (Audrey Dana), prof de collège, qui plaque ce mari quelque peu ectoplasme dont la mollesse contraste avec sa propre énergie, qui la pousse à s’investir dans l’humanitaire, jusqu’à participer dans la froideur de la nuit aux distributions de colis aux clandestins bloqués par la frontière.

Tiens, on vient de parler de clandestins… Le film, peut-être un pamphlet, mais sûrement pas un tract, a la délicatesse de ne pas y aller bille en tête dans la dénonciation de l’injustice, de nous laisser le temps de parcourir les lieux, de respirer avec nos concitoyens, de vivre, quoi. Il s’attache à la douleur de Simon se disant qu’il a été bien con et qu’une fille pareille, on ne peut pas la laisser partir. Mais comment être héroïque quand on est maître nageur en piscine et qu’on fait pratiquer la brasse à des scolaires ? L’occasion va lui en être fournie par Bilal (Firat Ayverdi, non-professionnel remarquable), jeune réfugié kurde bien décidé à apprendre à crawler jusqu’au point de pouvoir gagner l’Angleterre à la nage, vu l’insuccès, qu’il connaîtra aussi, de ceux qui tentent de se faufiler dans des camions, si nécessaire après avoir engraissé des passeurs. Bilal ne dit rien à Simon de cette soudaine passion pour l’art nautique et les leçons sont chères, mais ce dernier va deviner ses cartes et l’assister. Petit à petit, ce qui est au départ volonté de se prouver qu’il est un type bien et que son ex devrait s’en rendre compte se mue en compassion pour cet ado, qui a potentiellement tout pour lui sauf un passeport. Des cours gratuits à l’entraînement à outrance, légère infraction à la loi, la piscine ayant ses règlements, il va passer à la vraie transgression, l’hébergement de celui qui devient son protégé. C’en est trop. Des commères qui voient le sexe en tout jusqu’aux associations qui lui reprochent de rompre le fragile équilibre obtenu de haute lutte entre l’aide humanitaire d’un côté et la volonté de sanctionner de l’autre (souvenez-vous de Sangatte), en passant par la police… haro sur le baudet !

Tout cela, dans le droit fil des cinq premiers films de Philippe Lioret, est traité sans pathos, même dans les moments les plus dramatiques. On a toujours aimé ce réalisateur discret, souvent finaliste, rarement gagnant dans les festivals tant sa mise en scène refuse le tape-à-l’oeil. C’est encore le cas avec ce film, présenté à Berlin dans la section « Panorama » (prix de jury oecuménique et label Europa Cinéma quand même), là où il aurait mieux soutenu la compétition que certains des titres y ayant concouru. L’auteur à la modestie de ne pas s’afficher, laissant le devant de la scène aux personnages et à l’intrigue. Malgré tout ce qu’on a pu voir et lire sur le sujet, au sortir de la salle, nous en savons davantage, et surtout plus intimement, sur ces gens qui sont devenus des noms et des vies.

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