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Ricky (Film)


de François Ozon

dimanche 15 février 2009 - Réagir Imprimez

Dans son registre créatif, le cinéma français crève de cette frilosité, de ces préjugés, de ces désignations d’interprètes cousues à l’usine de la conformité et du box-office. Le cinéaste a tenu bon. Le principal atout de ce film désarmant est précisément cette actrice, idéale dans ce rôle, démaquillée de ses afféteries pour prime time.
François Ozon ose d’emblée une autre audace. La première scène de Ricky nous montre cette femme en pleurs, dans le bureau d’une assistante sociale, implorant une aide alors qu’elle ne peut plus payer son loyer et qu’elle doit gérer un enfant difficile, dont le père a pris la poudre d’escampette. Chronologie bouleversée. Au spectateur de replacer cet épisode flash-back au milieu de l’intrigue, comme une pièce de puzzle.
Elle se prénomme Katie, c’est une ouvrière, Scooter et jeans, vivant seule avec une fille dont le père s’est défilé, par refus de la paternité. Katie croise Paco (Sergi Lopez), avec lequel elle passe vite fait du désir à l’acte. Il vient l’attendre à la sortie du job, s’installe avec elle. Katie est enceinte, accouche d’un fils. De retour de clinique, on fait bombance pour célébrer la naissance de Ricky, 3,8 kg, autour d’un poulet frit.

Le menu de cette fiesta est un indice de ce qui va surgir au sein de cette cellule sociale que l’on appelle famille. Katie s’inquiète des ecchymoses découvertes sur le dos de son nourrisson, au niveau des omoplates.
Elle suspecte Paco de le frapper, le mâle outragé prend ses affaires et claque la porte. L’enfant, qui hurle sans arrêt, se révèle dans son lit-cage différent des autres bambins, une sorte d’ange des HLM. Ce sont des ailes qui lui poussent, dont les premiers battements évoquent une éclosion en basse-cour, avant qu’à ses gazouillis ne succèdent des envols.

C’est la troisième audace. Commencé sur le mode des constats sociaux, peintures de banlieues, milieux modestes et femme seule au logis avec ses mômes et ses tâches ménagères, le film va peu à peu virer au conte fantastique, façon David Cronenberg, s’adaptant à l’irruption d’un élément incongru, scrutant la mutation d’un corps, et évoluant d’un univers sombre à un monde en couleurs au fur et à mesure de l’acclimatation des parents à l’identité surnaturelle du petit garçon.

Ricky n’est pas un enfant comme les autres, une sorte d’adorable vilain petit canard, mais ce que le cinéaste dépeint avec humour (au fil des tracas de sa mère qui le protège des coups, tout en se persuadant qu’il faut le laisser prendre son envol, ne pas lui couper les ailes), ce sont des angoisses universelles, celles qui mènent l’instinct maternel à l’amour aveugle, le réflexe protecteur, voire castrateur.
A l’issue d’un épisode assez surréaliste au cours duquel Katie perd Ricky dans un supermarché et le laisse devenir une attraction troublante aux yeux des clients, on entendra la demande envieuse d’un consommateur : "Pour les bébés télécommandés, c’est où ?"

Ricky n’est pas un robot, c’est à la fois l’enfant de tout le monde et un enfant particulier, comme l’est tout enfant aux yeux de ses géniteurs. Adapté d’une nouvelle de Rose Trémain (Moth, éditions Plon), le film poétise le cordon ombilical, confond le bambin avec une phalène, un être surgi d’un monde magique, parallèle, déboussolant. Il oppose la perception maternelle à celles de la raison scientifique (l’hôpital) et de la curiosité malsaine (le voyeurisme des médias). Souligne le rôle de l’enfant comme ferment du couple, après avoir été, dans un premier temps, facteur de déséquilibre et de perturbation.

On touche à des choses qui travaillent François Ozon : le rapport entre la mère et l’enfant (Regarde la mer), la famille qui disjoncte (Sitcom), le refus d’une inéluctable séparation (Sous le sable), le couple disséqué au scalpel (5×2), le choix d’un destin romanesque (Angel). Responsable de la disparition de Ricky, le père s’inquiète de l’avenir de sa liaison avec Katie. "Elle va m’en vouloir toute sa vie." "Pas si vous restez ensemble", lui souffle un médecin.

Clé et morale de cette histoire, la réflexion éclaire d’un jour nouveau l’oeuvre d’un cinéaste qui s’était appliqué à apparaître comme un subversif.

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