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Eden à l’ouest (Film)


Costa-Gavras

dimanche 15 février 2009 - Réagir Imprimez

« Malheureux qui, comme Elias, a fait un gros naufrage. » D’emblée, Costa-Gavras (et son coscénariste Jean-Claude Grumberg) invite délibérément à paraphraser Du Bellay. Un bateau glisse sur la mer Egée par une nuit étoilée. La saison paraît douce et les conditions de navigation suggèrent plus la plaisance que le sabordement. Mais un détail cloche : il y a beaucoup trop de monde à bord. Qui plus est dans les soutes, où le statut de l’équipage ne supporte aucune équivoque. D’où viennent-ils ? Le cinéaste a préféré ne pas localiser le point de départ, conférant au propos une portée continentale, sinon universelle. Où vont-ils ? « A l’ouest », indique le titre du film, à l’opposé de celui qu’Elia Kazan sortait en 1955… à peu près au moment où Costa-Gavras fuyait sa Grèce natale.

Mais que la route est longue. Car le préambule opère à la fois comme écourtement de l’odyssée fantasmée et début de l’épopée actualisée. Surgie de nulle part, une patrouille arraisonne le boat people. Quelques traîne-misère ont le temps - et le courage - de sauter à l’eau, dont notre homme, Elias, beau comme une statue antique (ou Daniel Duval jeune), qui échoue sur une plage. Et, reprenant connaissance le lendemain, se retrouve ahuri sous un franc soleil, devant des gens à poil qui, tout sourire, jouent au ballon.

Mordant. Ainsi survient cette composante salutaire qui permettra régulièrement à Eden à l’ouest de ne pas sombrer dans les eaux sombres de la geignerie et, partant, de maintenir crânement le cap du récit aventureux : l’humour. Dut-il être mordant, bien que jamais au détriment du personnage central. « Sans doute parce qu’il me touche plus qu’un autre, explique l’exilé Costa-Gavras. J’ai un immense respect pour un homme qui émigre. » Et le cinéaste de développer un raisonnement qui mériterait débat avec le récent ministre de l’Immigration Eric Besson et son prédécesseur Hortefeux : « Pour partir vers l’inconnu, il faut un courage mental et physique à toute épreuve. Il faut beaucoup d’intelligence de la vie, un sens de la débrouille, mais aussi une faculté de comprendre et de s’adapter à des codes, des modes de fonctionnement différents, sans parler de la barrière de langue. Ce sont peut-être finalement les meilleurs qui ont ce courage et viennent à nous. »

Eden à l’ouest est donc un film agile - y compris dans le maniement de la caméra - sur un sujet grave, qui fait le choix de superposer la farce cruelle au fatalisme socio-économique. Une internationale de la débrouille joue à saute-mouton avec une vilenie dont les repères (riches/pauvres, vieux/jeunes, homme/femme, employeur/employé) se brouillent à mesure qu’on avance dans les méandres de la jungle occidentale. Si beaucoup donnent, certains le font par altruisme et d’autres pour des motifs inavouables. Une bourgeoise ou un serveur de restaurant bourru peuvent se révéler moins fourbes qu’un quidam serviable. Une chasse à l’homme digne d’un vieux Mocky « divertit » un club de vacances sur l’air « Have fun no violence » (« éclatez-vous, sans violence »). La traque aux clandestins, comme la répression et l’humiliation, se normalisent.

Souplesse. Toutefois, l’énergie qui traverse le film n’est pas que celle du désespoir. Figure de l’establishment cinématographique, Costa-Gavras, qui n’a pas toujours fait preuve d’autant de souplesse dans la dénonciation (l’Aveu, Etat de siège, Missing, la Main droite du diable, Amen), décide d’en découdre sur le mode caustique avec un présent où plus rien ne garantit que les nouveaux riches d’aujourd’hui ne seront pas les futurs pauvres de demain.

Sur ces entrefaites, Elias - si proche phonétiquement d’« hélas », ou d’« alias », les deux fonctionnent -, lui, continue d’avancer avec une conviction accentuée par le fait que, dans une situation comme la sienne, il n’est plus possible de reculer.

Candide aux confins du néolibéralisme, l’Italien Riccardo Scamarcio (Romanzo Criminale, Mon frère est fils unique) symbolise la fable édifiante, où l’essentiel de son discours consiste, dans un français balbutiant, à dire « merci beaucoup ». Bien que, la plupart du temps, il n’y ait vraiment pas de quoi.

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